Les statues face aux émotions : l’expérience d’un corps à corps par Aurélia Gaillard


Le corps face à l’extrême : l’injonction émouvante en art

La tyrannie des émotions ?
Par un curieux renversement de perspective, nous sommes désormais enclins
à croire à la vérité de nos émotions, à considérer qu’en elles c’est notre vérité
la plus intime qui trouve à s’exprimer. La célébration de l’émotionnel est en
cours. Si nous pouvons nous illusionner sur les représentations qui sont dans
notre esprit, le corps semble parler pour lui-même car nous ne pouvons
nous mettre à distance de ses expressions. Les émotions acquièrent alors
une autorité incontestable. Or, qui ne voit qu’elles sont l’objet de tentatives
de manipulations constantes ? La publicité, le slogan, la médiatisation de
la vie privée, l’appel aux dons grâce au spectacle télévisuel de la pauvreté
et de la détresse stimulent nos émotions, les suscitent, les phagocytent,
les tyrannisent. Un gouvernement des individus par les émotions semble
inéluctable. Il remet en cause les frontières du public et du privé, crée des
servitudes supplémentaires particulièrement raffinées. Au point que l’on
peut se demander s’il est encore possible de se fier à ses émotions dès lors
que l’on est soumis au culte de l’émotionnel.
Interroger la valeur de l’émotion dans les différentes séquences de la ville et
de la démocratie, de l’écriture de soi et de ses représentations plastiques, de
la construction des normes de visibilité et d’expressivité des corps, c’est se
demander si un Homme émotionnel n’est pas en train de naître aujourd’hui,
bouleversant les régimes de présentation de soi.
Cette 4e édition des journées Transverses - en cohérence avec les 4 axes
de la Politique Scientifique d’Etablissement - donnera lieu à des débats
interdisciplinaires à partir de l’alternative : faut-il porter plus d’attention à nos
émotions pour voir clair en nous-mêmes ou sommes-nous au contraire le
jouet d’émotions qui nous manipulent ?


18 juin 2015

SCIENCES